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Un millier de scientifiques qui appellent à la “désobéissance civile”, par des “actions” telles que “menées par les mouvements écologistes”, ce n’est pas rien. Mais il est trop tôt pour savoir si cet appel à “la rébellion” aura un réel effet, après les très nombreuses alertes déjà lancées par des scientifiques, que Sciences et Avenir a rappelées à cette occasion. Celles et ceux interpellés par cette tribune parue dans Le Monde auront noté que les signataires estiment “indispensable d’engager sans délai un changement radical de modèle économique et productif” et insistent sur le fait que “le budget d’émissions de gaz à effet de serre fixé par la Stratégie nationale bas carbone (SNBC) française n’a pas été respecté entre 2015 et 2018”.

Si certains chiffres et annonces sont désormais connus de beaucoup, du moins peut-on l’espérer, sur la montée possible des températures – trajectoire vers 3°C, voire 5°C à la fin du siècle, chiffres redoutés par de nombreux scientifiques ayant établi des scénarios du changement climatique, les recommandations des économistes semblent, elles, bien plus obscures. Pourtant, elles sont là, pas toujours aisées à vulgariser, mais permettant de comprendre les possibles leviers d’action pour le politique.

Le grand écart des économistes

Ainsi, l’économiste Aurélie Méjean, chargée de recherches CNRS au Centre international de recherche sur l’environnement et le développement (Cired), rappelait dans un article de La Recherche en février 2019 (N° 544) que, dans le dernier rapport du GIEC, les experts n’avaient livré “aucune évaluation monétaire globale des dommages associés” à l’impact du réchauffement. Pourtant, la littérature scientifique sur le sujet existe. Pour ne citer que les plus connus, on rappellera les noms de William Nordhaus, prix Nobel d’économie 2018, auteur de Le casino climatique (ed. deboecksuperieur) et Nicholas Stern, qui a publié en 2007 The Economics of climate change.

Très renommé outre-Manche, moins en France où il a pourtant séjourné une année, comme invité au Collège de France à la chaire de développement durable (2009-2010), il était bien présent début février au Science Museum de Londres, quand le premier ministre britannique Boris Johnson lançait son ” année d’action climatique “. Rappelons en effet que la prochaine COP26 doit se tenir à Glasgow en novembre…

Si William Nordhaus “envisage des dommages limités” en raison du réchauffement climatique et Nicholas Stern “les rapproche de ceux de la Grande Guerre” fait remarquer Aurélie Méjean, “ce grand écart entre les économistes dans leurs évaluations coût-bénéfice illustre qu’aucune auctoritas académique ne peut trancher pareil débat, interdisant d’imaginer un scénario unique pour l’économie des changements climatiques”. On lira avec profit, en long encadré explicatif dans cet article titré “La délicate évaluation des dommages climatiques”, ce qui est expliqué de “l’actualisation, concept incontournable et controversé”.

Ce concept, rappelle la chercheuse du Cired, consiste en une “opération mathématique permettant de comparer les dommages futurs au coût encouru aujourd’hui”. Outre les explications des climatologues, des météorologues, des hydrologues etc. dont on sait tout le difficile travail de prospective à effectuer aujourd’hui, force est de décrypter celles, pas plus simples qu’en ” hard science “, des spécialistes de science économique. Ainsi, ce rappel par Jean-Charles Hourcade, directeur de recherche émérite au CNRS, directeur d’étude émérite à l’EHESS, qui est intervenu le 29 janvier 2020 à l’Académie des sciences lors de deux journées intitulées ” Face au changement climatique, le champ des possibles “, auquel Sciences et Avenir a pu assister (voir ci-dessous) : dans son article ” Comment financer la transition énergétique ” (La Recherche n° 544) il insiste sur le fait qu’“un scénario d’émission limitant l’augmentation de la température à 1°5C exige l’utilisation de techniques de production d’énergie, de transport, de fabrication des infrastructures etc. trois à quatre fois plus coûteuses par tonne de carbone non émise que dans un scénario de limitation à 2°C”.

“Le financement de la transition énergétique ne bute sur aucune contrainte quantitative”

On se doute que la facture, tout particulièrement dans certains pays comme l’Inde, qu’il cite, conduisant au doublement du prix du ciment, ne voient pas la chose d’un bon œil. Menant une analyse sur la “propagation des coûts de l’énergie”, il aboutit au constat que “c’est bien pour minimiser les coûts économiques et sociaux [de cette propagation] que l’analyse économique a, depuis un quart de siècle, proposé une taxe carbone égale au coût marginal du carbone non émis”. Et de rappeler, dans ce même article, figures parlantes à l’appui (voir ci-dessous), “le retard pris en France ces dernières années sur le plan de la Stratégie nationale bas carbone”, retard évalué à “60 milliards d’euros”, ainsi que la mauvaise répartition des investissements, tout particulièrement “la rénovation thermique des logements”.

Crédit Fabien Lehalle

A noter, l’une des remarques fondamentales du chercheur, pour tous ceux qui en douteraient : “Le financement de la transition énergétique ne bute sur aucune contrainte quantitative”, insiste Jean-Charles Hourcade. L’épargne est “surabondante”. Reste que, selon l’économiste, “le système financer actuel (banques, fonds de pension, assurances, marchés obligataires) ne sait pas rediriger cette épargne vers des investissements en infrastructures de long terme susceptibles de permettre la transition vers une économie bas carbone”. En tant qu’auteur principal du groupe 3 du GIEC, il rappelle même que, selon ce groupe international, “cette redirection est nécessaire entre 5,6% et 8,3% des revenus actuels du capital”. Autrement dit “une proportion assez faible des flux financiers”. On doute que ces chiffres, très importants à connaître (découvrir ?), soient aussi courants aujourd’hui que les 3° ou 5° d’augmentation de température que pourrait enregistrer la planète, au rythme de dégagement actuel des gaz à effet de serre.

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