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Un autre automne, de nouveaux incendies, de nouveaux réfugiés, de nouvelles maisons réduites en cendre. En Californie, le rouge des flammes est devenu la couleur de l’automne.

Ces incendies non maîtrisés sont la cause immédiate de cette dévastation. Mais ce sont les humains qui en sont en partie responsables.

L’impact n’est pas seulement causé par les changements climatiques bien que ceux-ci y contribuent certainement. La transition vers un modèle de civilisation basé sur les énergies fossiles affecte également la manière dont les habitants des pays industrialisés vivent sur la terre et leurs pratiques en matière de feux.

Même en l’absence des changements climatiques, il y aurait de sérieux risques d’incendie. Les bureaux américains de gestion des territoires ont remis en marche une politique de feux bénéfiques pour la forêt il y a une quarantaine d’années, mais en dehors de quelques zones locales, cette politique n’a pas été réalisée à grande échelle.

Les vents californiens Santa Ana et Diablo accélèrent la propagation des incendies.

Le feu dans son contexte

En tant qu’historien du feu, je sais qu’il n’y a pas qu’un seul facteur qui le propage. Les flammes synthétisent leurs alentours. Le feu, c’est comme une voiture sans conducteur qui foncerait sur la route en avalant tout ce qu’il y a sur son passage.

De temps à autre, elle rencontre un virage serré qu’on appelle le changement climatique. C’est parfois à un croisement difficile où la ville et la campagne se rencontrent. Et parfois, ce sont les débris de coupes forestières, des herbes envahissantes, ou les restes d’un incendie.

Le réchauffement climatique joue un rôle d’accélérateur, et bien entendu c’est ce qui retient le plus l’attention car ses effets sont mondiaux et ils agissent non seulement sur le feu, mais également sur les océans, la disparition des espèces et autres destructions. Mais le dérèglement du climat n’est pas le seul responsable des fléaux provoqués par les mégafeux. Plusieurs facteurs jouent, et c’est leur interaction qui rend tout diagnostic délicat.

Il vaut donc mieux analyser le feu sous un angle historique. Le point d’inflexion critique des temps modernes s’est produit lorsque nous avons commencé à faire brûler la biomasse fossilisée plutôt que la vivante. C’est ce qui a mis en branle une transition qui s’apparente à la transition démographique de l’ère industrielle lorsque les populations augmentent puis diminuent. C’est un peu la même chose avec le feu, puisque de nouvelles sources de combustion et de combustibles s’ajoutent à celles déjà existantes.

Aux États-Unis, cette transition a marqué le début d’une vague de mégafeux qui a suivi la colonisation par le rail – des incendies dont l’ordre de grandeur et la dangerosité excédaient celle des décennies précédentes. Le déboisement et les débris de coupes forestières ont nourri des déflagrations en série vers la fin 19e, début du XXe siècle, les décennies marquant le déclin du Petit Âge glaciaire.

Le grand incendie de 1910, qui a tué 78 pompiers dans l’Idaho (sur la photo) et au Montana a marqué le début d’un demi-siècle de gestion des forêts axé sur la suppression du feu.

Le grand incendie de 1910, qui a tué 78 pompiers dans l’Idaho (sur la photo) et au Montana a marqué le début d’un demi-siècle de gestion des forêts axé sur la suppression du feu.

Image : Library of Congress/Wikimedia

C’est une époque de chaos provoqué par les flammes qui a conduit à des efforts de conservation parrainés par les États, et la volonté d’éliminer la combustion à ciel ouvert. Dirigée par des forestiers, cette campagne a popularisé l’idée que l’on pouvait encager le feu dans la nature, comme on le faisait à l’aide de fournaises et de dynamos.

Finalement, alors que la technologie progressait (les bougies ont été remplacées par des ampoules, par exemple), et que des interventions pour maîtriser les incendies se mettaient en place, le nombre d’incendies a décliné au point où le feu ne pouvait plus accomplir son travail écologique. Pendant ce temps, la société se réorganisait, et adoptait la combustion de carburants fossiles aux environnements lithiques, en faisant fi des feux latents dans les environnements vivants.

Et maintenant, la coupe déborde. La biomasse fossilisée a été brûlée en trop grandes quantités pour pouvoir être absorbée par les écosystèmes anciens. Les produits combustibles s’arrangent comme ils peuvent. Le climat est détraqué. Et lorsqu’inévitablement, une étincelle se produit, cela embrase les forêts.

Bienvenue dans le Pyrocène

Si l’on élargit quelque peu la perspective, l’on peut envisager que notre planète entre dans une ère de feu, le pyrocène, comparable à l’ère glaciaire du Pléistocène, avec un effet équivalent aux plaques de glace, aux lacs pluviaux, aux plaines périglaciaires, aux extinctions de masse et à la hausse du niveau des mers. Une ère où le feu est à la fois l’élément moteur et sa propre manifestation.

L’histoire climatologique elle-même est devenue une sous-catégorie de l’histoire du feu. C’est l’histoire du feu qui sous-tend l’ère Anthropocène, résultat non seulement de l’ingérence de l’humain, mais de son monopole sur le feu.

L’interaction des deux domaines n’a pas fait l’objet de nombreuses études. Ça a été difficile d’inclure les pratiques incendiaires de l’humain dans le discours écologiste. Mais le feu industriel, contrairement aux feux de la nature, est entièrement dû aux manigances de l’humain, et de ce fait a été écarté par l’écologie traditionnelle. On dirait que l’intellect humain n’arrive pas à intégrer cette nouvelle réalité pas plus que la nature, d’ailleurs, n’arrive à absorber ces émissions.

Et pourtant, la convergence de ces deux sortes de feu est en train de refaçonner la planète.

Dans le monde industrialisé, les foyers industriels sont déterminants pour l’agriculture, les milieux construits et périurbains, ainsi que la végétation en milieu sauvage – en fait tout ce qu’il faut pour démarrer les incendies. On contre même les incendies avec des outils industriels – pompes, moteurs, avions, et véhicules de transport pour les équipes d’intervention. L’interaction de ces domaines du feu détermine non seulement ce qui va brûler mais également ce qui sera épargné. Cela redirige le parcours des incendies.

Quand on additionne les conséquences directes et indirectes – les endroits qui brûlent, les endroits qui ont besoin de brûler, les impacts périphériques comme les dégâts aux bassins hydrographiques et atmosphériques, aux organismes vivants, les effets omniprésents des changements climatiques, la montée du niveau des océans, les extinctions d’espèces, les bouleversements sur la vie des humains et de leur habitat, on se retrouve avec une pyrogéographie qui ressemble étrangement à l’ère glaciaire, mais pour le feu.

Une ère pyrocène, donc. On peut déjà en distinguer les contours – à travers la fumée.

Si vous en doutez, parlez-en à un Californien…

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