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Dix-huit heures, Vierzon (Cher), 40 °C. “On va y passer la nuit.” Thomas profite de quelques instants de répit dans le camion. Avec 200 autres pompiers, il lutte contre un feu qui a déjà dévoré 500 hectares dans la forêt de Vierzon. Il y a encore trente ans, la surveillance des feux de forêts se concentrait sur les Landes ou le Sud-Est. L’Ouest et le Centre sont aujourd’hui également concernés et la saison des incendies s’étire du printemps à l’automne.

L’Office national des forêts a bien tenté de s’adapter aux changements climatiques. Des chênes verts et des pins maritimes, typiques du Sud, ont été plantés plus au nord pour remplacer les hêtres et les chênes pédonculés décimés par les sécheresses successives. La surveillance des forêts a été accrue, le débroussaillage des sous-bois généralisé, des zones coupe-feu créées un peu partout. Mais des incendies se déclarent encore occasionnellement. Près de Vierzon, les flammes continuent de progresser, malgré les passages des bombardiers d’eau. Thomas essuie la sueur de son front avant de remettre son casque. “Allez les gars, on y retourne. La température va bientôt baisser, il faut en profiter pour fixer ce feu !”

21h15, Lille (Nord), 28 °C. En poussant la porte du restaurant, Daya imagine qu’Olive et Laëtitia sont déjà lancés dans un débat passionné sur la nourriture. Cela ne manque pas. “Je peine à croire que tu manges toujours de la viande”, reproche Olive à Laëtitia. “Je n’ai pas de raison de changer”, rétorque-t-elle. Olive est presque né vegan. Ses parents étaient déjà de grands activistes du bien-être animal. Surtout, ils étaient conscients de l’impact de l’élevage sur l’environnement : “14 000 litres d’eau pour élever un bœuf, c’est un scandale !” martelaient-ils aux copains de leur fils. De son côté, Laëtitia a toujours aimé la viande, rouge surtout. “Je mange ce qui me fait plaisir, comme un bon steak de temps en temps”, assure-t-elle. “Tu peux manger des insectes, si tu tiens tant à tes protéines animales”, réplique Olive, en poussant vers elle un petit bol de criquets grillés.

“Qu’est-ce qu’on boit ?” interrompt Daya. “J’ai de vagues souvenir d’un atelier œnologie en 2022, mais tout a changé”, poursuit-elle. Les vignerons ont dû évoluer : chercher des cépages plus résistants, moins tailler pour protéger le raisin et même irriguer certaines vignes au goutte-à-goutte. Par endroits, il a fallu changer radicalement de culture. Désormais, en Alsace, le chianti côtoie le gewurztraminer. On trouve aussi des vins suédois et même anglais dans les meilleures caves du pays.

D'ici 2050, certains grands crus vont devoir "migrer" vers le nord à cause du réchauffement climatique.D’ici 2050, certains grands crus vont devoir “migrer” vers le nord à cause du réchauffement climatique. (BENOIST SIMMAT / AURELIE BOISSIERE / EDITIONS AUTREMENT)

Sur la carte, 80% des plats sont végétariens. Daya aurait bien mangé du poisson ou des fruits de mer, “c’est devenu si rare”. La plupart des espèces marines ont migré à des centaines de kilomètres vers le nord. On ne trouve plus un seul bar dans les eaux françaises. “Les huîtres du bassin d’Arcachon me manquent parfois”, regrette aussi Daya. Depuis le début du siècle, elles étaient régulièrement décimées par des bactéries, et on n’en trouve plus du tout dorénavant. Ce dîner de gastronomes nostalgiques n’est décidément pas très gai. “Oh, vous avez vu ça ? bondit Laëtitia. Dans la baie de Somme, les flamants roses commencent vraiment à s’installer ! Il y a même eu des petits cette année.” “Ça se mange ?” plaisante Daya.

22h46, Strasbourg (Bas-Rhin), 29 °C. Hugo enfile ses chaussettes, un œil sur l’application météo de son téléphone. Dehors, la température semble enfin vouloir redescendre. “Tu as vraiment envie d’aller courir par cette chaleur ?”, interroge son mari Kylian, assis sur le canapé. “Il ne fait ‘que’ 29 °C, c’est supportable, tempère Hugo. Si je n’y vais pas maintenant, je n’irai jamais !” Le trentenaire s’est habitué à la hausse des températures au fil des ans. Mais tous les organismes ont une limite d’adaptation. “Et si on allait habiter au Royaume-Uni ?” propose une nouvelle fois Kylian, qui rêve d’un climat plus clément.

Hugo enfile ses écouteurs et descend l’escalier de l’immeuble. L’atmosphère des rues de Strasbourg est encore étouffante. Ce n’est pas près de s’arrêter. Selon les projections de chercheurs de Météo France, les températures estivales pourraient continuer de battre des records d’ici la fin du siècle. Hugo ne pensait pas vivre de tels bouleversements climatiques.

Sokha Hin
Sokha Hin is cofounder of OpenTeam. Engaged into creating a more sustainable economy. 10+ years track in innovation and digital startup environment. Discovered the so little-known reality of climate change at COP20, in Lima, Peru, Dec 2014. Engaged as a consequence into raising awarness of citizens worldwide and empowering citizens into concrete action through digital tools and spreading social entrepreneurship. The World can evolve only by providing a collective reponse, up to the stake of climate change.

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